SPEEDY JOE

12 avril 2021

Le nouveau président américain ne fait pas honneur à son surnom de « Sleepy Joe ». Quelques semaines après son entrée à la Maison Blanche, des décisions politiques majeures ont été prises, qui pourraient bien changer la donne pour les États-Unis et le monde entier. Cela montre non seulement combien les démocrates ont réfléchi à la manière de donner un nouveau cap économique, financier et géopolitique, mais aussi combien ils ont bien retenu la leçon d’Obama : quand un président a la majorité au Congrès, il doit agir vite !

Sur le plan intérieur, le plan d’infrastructure Biden, dévoilé fin mars, est ambitieux. D’un montant total de 2 000 milliards de dollars (répartis toutefois sur les huit années restantes de la décennie) et qualifié d' »investissement unique en son genre en Amérique », il vise à moderniser les infrastructures du pays en combinant dépenses et crédits d’impôt. Au-delà de la création de millions d’emplois et du renforcement de la compétitivité économique, l’idée est également de favoriser la transition vers des sources d’énergie plus propres, de (re)prendre part à la lutte mondiale contre le changement climatique et pour finir de s’attaquer aux fractures sociales. Pour financer ce plan, le président Biden a indiqué que les impôts sur les sociétés seront augmentés – sur une période de 15 ans – les multinationales étant plus particulièrement visées. Une imposition plus lourde des particuliers fortunés est également prévue, dans le cadre d’une deuxième phase du plan qui n’a pas encore été rendue publique. Il va sans dire qu’une telle trajectoire fiscale, ainsi que la perspective d’un gonflement de la dette publique, signifient que le plan se heurtera à une forte opposition républicaine, avec un risque évident de blocage institutionnel.

Sur le plan international, et également en matière de fiscalité, la secrétaire au Trésor Janet Yellen en a surpris plus d’un en indiquant que les États-Unis soutenaient désormais une imposition minimale de 21 % sur les multinationales proposé par l’OCDE. Loin de se tirer une balle dans le pied (ou plutôt dans celui de ses entreprises « GAAFA »), comme on pourrait le croire à première vue, cela semble en fait être un geste intelligent de la part de l’administration Biden. Consciente des propositions de taxe gitiale débattues dans l’UE (et déjà mises en œuvre en France), qui ne visent que les entreprises américaines, elle fait pression pour une taxe sur les entreprises mondiales de toute nationalité (et opérant dans n’importe quel secteur), qui lui éviterait de payer la totalité de la facture. En plus d’étendre les « dégâts », elle tente également de les limiter, en établissant une liste d’entreprises dix fois plus courte que les quelque 2 000 entreprises initialement dans le viseur de l’OCDE.

Là encore, rien ne garantit que cette tentative d’instaurer une plus grande équité dans le système économique sera couronnée de succès. Le pouvoir de lobbying des multinationales n’est pas à sous-estimer et, si le dossier est encore ouvert à l’approche des élections américaines de mi-mandat en 2022, les démocrates risquent de voir les géants de l’informatique décider de soutenir leurs rivaux républicains, changeant potentiellement la couleur du Sénat.

Cependant, même si nous nous retrouvons avec une version édulcorée de ces propositions – nationales et internationales -, la nouvelle administration américaine a mis en marche un processus qui ne sera pas arrêté. Globalement, il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’économie mondiale et les marchés financiers, même si certaines entreprises risquent de voir leurs bénéfices diminuer. La question de savoir si les recettes générées par la hausse des impôts suffiront à couvrir toutes les dépenses publiques supplémentaires reste ouverte, mais elle se posera à plus long terme. Dans un avenir proche, les banques centrales seront là pour combler le vide. En effet, nous constatons un changement intéressant (et positif) sur ce front également. Les injections de liquidités se poursuivent à profusion, mais au lieu de simplement injecter de l’argent dans le système financier, ceci ayant pour effet de gonfler le prix des actifs et d’accroître la fracture sociale, ce sont désormais les gouvernements qui décident de l’emploi de cette manne.

Ce nouvel « accord » entre les banques centrales et les chefs d’État signifie qu’il est peu probable que les taux d’intérêt augmentent de manière significative dans un avenir proche, sinon les déficits budgétaires ne seraient plus finançables. En définitive, comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, une telle combinaison d’argent facile et de taux durablement bas comporte des risques pour la stabilité même du système financier. Cependant, comme le montre l’exemple du Japon, cette perspective n’est pas immédiate. Pour l’instant, les investisseurs ont suffisamment à faire pour essayer d’évaluer l’impact des profonds changements en cours sur les fronts de la politique économique et de la géopolitique – et dans quel délai.

Compte tenu de ces nombreuses inconnues, notre premier conseil est de veiller à ce que les portefeuilles restent bien diversifiés. Deuxièmement, la valorisation doit toujours demeurer une considération essentielle. Bon nombre des secteurs/sociétés les plus susceptibles de bénéficier de l’augmentation des dépenses d’infrastructure à venir se négocient déjà à des multiples élevés. Enfin, et ce n’est pas le moins important, les instruments passifs doivent être utilisés avec la plus grande prudence. Les ETF sont (généralement) moins chers, mais les investisseurs doivent comprendre ce dans quoi ils investissement réellement. Un fonds qui suit un indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière n’a d’autre choix que d’acheter les composants de cet indice, quelle que soit leur valorisation. Autrement dit, plus une action est chère, plus son poids dans l’ETF est élevé. Il est beaucoup plus sage, à notre avis, d’investir dans des fonds gérés activement, sélectionnés sur la base de critères objectifs et fondamentaux – tels que la liquidité, la constance des rendements ou la sensibilité aux styles et autres facteurs.

 

DÉMYSTIFIER LES SOCIÉTÉS D’ACQUISITION À USAGE SPÉCIAL (« SPAC »)

En parlant des ETF comme des suiveurs de tendance (le plus souvent aveugles), il n’est probablement pas surprenant que des ETF SPAC soient désormais proposés. Pour parler franchement, l’idée même du SPAC n’a que peu de sens à nos yeux. Pourtant, les investisseurs ont investi près de 90 milliards de dollars dans ce segment au cours du premier trimestre de cette année, soit plus que pendant toute l’année 2020.

Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers avec les SPACs, le mécanisme peut être résumé comme suit. Un SPAC lève des fonds (de 100 millions à plusieurs milliards de dollars) dans le cadre d’une offre publique initiale, en promettant de trouver, dans un délai de deux ans, une société non cotée attractive avec laquelle il pourra fusionner (« reverse merger »). Outre le fait que les investisseurs donnent effectivement à chaque SPAC un chèque en blanc pour choisir une cible et décider des conditions de la fusion, la prolifération des SPAC signifie que les sociétés non cotées deviennent publiques beaucoup trop tôt – si tant est qu’elles aient jamais été destinées à devenir publiques. En effet, aussi prometteur que soit leur modèle d’affaire, les cibles des SPAC sont souvent des sociétés qui sont confrontées à un manque de liquidités et qui ne peuvent obtenir de financement d’aucune autre source.

Pour aggraver encore les choses, non seulement les contraintes réglementaires sur les projections financières publiées par les sociétés cibles des SPACs sont moins strictes que pour une introduction en bourse traditionnelle, mais aussi, pas loin de 20 % de l’entité fusionnée est cédée au sponsor du SPAC

Dans l’ensemble, le fait que récemment les SPAC aient fait l’objet d’une telle attention est pour nous un signe supplémentaire que de nombreux investisseurs se précipitent dans le dernier segment à la mode, dans l’espoir de réaliser des profits rapides, plutôt que de se concentrer sur les fondamentaux et la valorisation des entreprises à plus long terme.

 

L’OPEP VA AUGMENTER SA PRODUCTION – MAIS SEULEMENT PROGRESSIVEMENT

Il y a quelques jours, l’OPEP+ a une nouvelle fois surpris le marché, mais cette fois avec l’annonce d’une hausse de la production. Le cartel augmentera sa production de mai à juin par tranches mensuelles de respectivement 350’000, 350’000 et 400’000 barils/jour. L’Arabie saoudite annulera également sa réduction volontaire d’un million de barils/jour au cours de cette même période de trois mois, ce qui portera l’inversion totale à 2,1 millions de barils/jour. L’augmentation sera très limitée de la part de la Russie et du Kazakhstan, qui avaient bénéficié d’une certaine croissance de leur production au cours du premier trimestre de cette année, alors même que le reste du cartel restait ferme (et que l’Arabie saoudite réduisait sa production).

En ce qui concerne les producteurs américains de pétrole de schiste, l’OPEP peut clairement se réconforter de la faiblesse de leurs plans d’investissement pour 2021 qui, en combinaison avec le fait que les puits les plus productifs ont probablement déjà été forés, excluent une forte augmentation de la production à court terme. En outre, la prévalence croissante des considérations ESG au sein de la communauté des investisseurs complique la tâche des producteurs de pétrole de schiste pour attirer des capitaux extérieurs.

Du côté de la demande, en revanche, le tableau s’améliore, avec une reprise substantielle du trafic aérien par rapport à 2020 (mais toujours en dessous des niveaux de 2019). Une poussée des voyages – et plus généralement de la demande de pétrole – reste une possibilité distincte une fois que la pénétration des vaccins aura atteint des niveaux critiques à l’échelle mondiale et à condition qu’aucune souche résistante du coronavirus n’émerge. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation de pétrole devrait augmenter de 5,5 millions de barils/jour au cours du second semestre de cette année, retrouvant plus ou moins les niveaux pré-pandémiques.

En résumé, pour le reste de l’année 2021, la production restera inférieure à la demande et les stocks de pétrole excédentaires continueront de diminuer. La dernière décision de l’OPEP doit être considérée comme un signe haussier d’un monde qui se normalise, et non comme une décision irréfléchie et à court terme. Ainsi, selon nous, ce n’est pas le moment pour les investisseurs de sortir du secteur de l’énergie.

 

 

 

 

 

 

 

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