Un monde dangereux

10 novembre 2023

Pascal Blackburne

La géopolitique a malheureusement repris le devant de la scène en octobre, avec l’éclatement d’un conflit brutal au Moyen-Orient. La situation économique générale continue quant à elle de se détériorer, les effets de 18 mois de resserrement monétaire commençant à se faire sentir. Pourtant, bien que le monde devienne de plus en plus dangereux, les indices boursiers se maintiennent plus ou moins bien. Les résultats décevants des entreprises au troisième trimestre ont été lourdement sanctionnés au niveau des sociétés concernées, mais les investisseurs en actions ne semblent pas exiger une prime de risque supplémentaire pour l’intensification des tensions géopolitiques. Dans la situation actuelle, il semble approprié d’augmenter encore l’exposition des portefeuilles aux obligations et d’en allonger l’échéance moyenne – l’inclusion d’un peu d’or et de pétrole en tant que « solution de repli » pouvant également s’avérer utile si la situation géopolitique devenait vraiment incontrôlable.

Nous ne savons pas comment le conflit entre Israël et le Hamas évoluera et/ou s’étendra à d’autres pays de la région. Mais nous voulons mettre le doigt sur ce que nous considérons comme les deux plus grands dangers pour l’avenir. Le premier, et le plus évident, serait une forte hausse du prix du pétrole si l’Iran s’impliquait dans le conflit et décidait de bloquer le détroit d’Ormuz. Environ 30 % du pétrole brut mondial transporté par voie maritime passe par ce canal étroit. Sa fermeture aurait donc un impact majeur sur la dynamique de l’offre et de la demande de pétrole et provoquerait une violente réaction à la hausse des prix. En fait, compte tenu de l’instabilité de la situation au Moyen-Orient depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, la réaction du prix du pétrole jusqu’à présent peut être considérée comme étonnamment modérée.

L’autre risque majeur, selon nous, serait que, les États-Unis ne se contentant pas de soutenir militairement l’Ukraine mais étant désormais pleinement concentrés sur la situation au Moyen-Orient, la Chine saisisse l’opportunité de mettre la main sur Taïwan. D’autant plus qu’il est probable que Donald Trump reprenne la présidence lors de l’élection de novembre 2024, ce qui ramènerait alors l’attention des États-Unis sur la Chine. Selon des chiffres publiés il y a quelques mois par le magazine The Economist, la part de Taïwan dans la production mondiale de semi-conducteurs dépasse actuellement 60 % – voire 90 % pour les puces les plus avancées. Inutile de faire un dessin sur l’ampleur de la perturbation des chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs des marchés finaux occidentaux si la Chine prenait le pouvoir à Taïwan…

En ce qui concerne la toile de fond économique, un sérieux ralentissement du PIB se matérialise actuellement à peu près partout, sauf aux États-Unis. Et même là, les premières fissures dans la résilience des consommateurs apparaissent discrètement. Le point de basculement pourrait bien être une hausse du chômage, l’étroitesse du marché du travail ayant manifestement joué un rôle important dans le soutien de la consommation américaine jusqu’à présent.

Le fait que les prix de l’immobilier américain n’aient pas corrigé à la suite des hausses de taux d’intérêt est également parfois considéré comme un signal positif pour l’économie. Une analyse plus approfondie révèle toutefois que cette stabilité des prix est quelque peu artificielle. En effet, le nombre de transactions a nettement diminué : les gens ne déménagent plus (ce qui est mauvais pour le marché du travail) parce qu’ils ne peuvent pas se permettre la révision à la hausse des taux hypothécaires qu’un déménagement entraînerait. Une correction des prix est donc imminente.

Quant aux indices d’inflation, ils sont maintenant partout redescendus à des niveaux qui semblent beaucoup plus acceptables du point de vue des banques centrales, même s’ils risquent d’augmenter quelque peu jusqu’en 2024 en raison d’effets de base (comme nous l’avons décrit dans notre Lettre d’investissement de septembre).

Une économie qui ralentit, avec une inflation qui semble largement maîtrisée, signifie que nous ne sommes peut-être pas loin d’un pic sur les taux d’intérêt – à condition, bien sûr, que la situation géopolitique ne devienne pas incontrôlable. Cela plaide en faveur d’une plus grande exposition aux obligations (avec des échéances plus longues) dans les portefeuilles.

Une éventuelle baisse des rendements l’année prochaine ne pourrait-elle pas également ouvrir la voie à une nouvelle hausse des actions ? C’est possible, mais nous en doutons. À notre avis, les investisseurs ne semblent pas encore avoir intégré une baisse généralisée des bénéfices des entreprises. Les prévisions des analystes pour 2024 semblent malheureusement beaucoup trop optimistes.

Une position défensive reste donc de mise pour le moment. Investir un peu plus dans des obligations de première qualité (c’est-à-dire de qualité investment grade), dont les rendements sont désormais raisonnables à bons, et peut-être inclure un peu d’or et de pétrole comme « assurance » contre un scénario géopolitique extrême, ne nous semble pas une mauvaise idée.

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