Gardez votre sang-froid

12 août 2022

Pascal Blackburne

Alors qu’une grande partie du monde est déjà aux prises avec une récession modérée – qui risque de devenir plus grave si les nombreux problèmes géopolitiques actuels ne sont pas rapidement résolus – les marchés financiers ont été à la fête en juillet, la quasi-totalité des indices boursiers et obligataires affichant de fortes hausses. La magnitude du rallye étant difficile à comprendre d’un point de vue fondamental, compte tenu des nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés, mais qui (comme nous y faisions allusion dans la lettre du mois dernier) reflète probablement simplement le fait que certains actifs financiers étaient devenus bon marché après les performances désastreuses du premier semestre 2022. Selon nous, le mouvement de juillet doit être considéré comme une simple correction à la hausse, et nous invitons les investisseurs à ne pas se précipiter.

L’indice mondial des actions a gagné 7,8% en juillet en dollars (11% en euros). Seules la Chine (-9,4%) et la Russie (-16,7%) ont clôturé le mois en territoire négatif, tous les autres marchés ayant rebondi depuis leurs plus bas de juin. Les meilleures performances ont été enregistrées dans les secteurs des technologies de l’information, de l’industrie, de l’immobilier et des biens de consommation non essentiels. Sur les marchés obligataires, malgré le relèvement agressif des taux d’intérêt à court terme par les banques centrales (à l’exception de la BCE), les rendements ont baissé de manière assez importante, en particulier sur les échéances plus longues. Au total, toutes échéances et notations confondues, les obligations européennes ont progressé de 4,3 % et les obligations américaines de 2,4 % (en USD) sur le mois de juillet. En additionnant ces mouvements positifs sur les marchés des actions et des obligations, les portefeuilles équilibrés ont généralement progressé de 5 % environ en juillet, réduisant ainsi leurs pertes depuis le début de l’année à environ 8,5 %.

Outre la baisse des taux d’intérêt à long terme, la publication de (très) bons résultats des entreprises au deuxième trimestre a contribué à cette bonne performance mensuelle. La dichotomie entre la détérioration de l’activité économique et la poursuite de l’amélioration des bénéfices des entreprises est inhabituelle et a beaucoup à voir avec les problèmes de chaîne d’approvisionnement qui ont entravé la production au cours des derniers trimestres. En effet, les entreprises vivent toujours en fonction de leurs carnets de commandes antérieurs, faisant tourner les usines à plein régime (d’où également les solides données sur l’emploi) pour livrer ce qu’elles ont promis à leurs clients il y a plusieurs mois – avec un pouvoir de fixation des prix suffisant pour répercuter la hausse des coûts des intrants. Si cela sera probablement encore le cas au troisième trimestre, au quatrième trimestre, les retards de production auront été largement résorbés et le manque de nouvelles commandes commencera à peser sur les résultats des entreprises. Les déceptions risquent alors de se multiplier.

Concentrés sur la saison des résultats du deuxième trimestre , les marchés financiers ont complètement ignoré les développements géopolitiques négatifs, à savoir la guerre en cours en Ukraine (toutes les parties impliquées durcissent leur position, comme en témoigne la décision de la Russie de limiter son approvisionnement en gaz vers l’Europe – l’Allemagne – à seulement 20 % des volumes normaux et l’accélération des livraisons d’armes de plus en plus sophistiquées à l’armée ukrainienne par les États-Unis) et le regain de tensions entre la Chine et les États-Unis concernant Taïwan. Si ces dernières devaient dégénérer, nous risquerions, au mieux, de perdre le « contrôle » de notre principal fournisseur de puces électroniques ou, au pire, d’assister à un conflit militaire entre la Chine et les États-Unis dans l’océan Pacifique Sud.

Les marchés n’ont pas non plus prêté beaucoup d’attention au problème de l’inflation, qui atteint désormais environ 10 % dans le monde développé. Et avec les multiples effets de second tour qui se développent, ces niveaux d’inflation élevés sont là pour rester, au moins dans un avenir proche. Les indicateurs économiques négatifs, tels que la détérioration de la confiance des consommateurs et l’effondrement des carnets de commande, ont également été négligés.

À ce titre, la performance fortement positive de juillet doit, selon nous, être considérée comme un simple « sursaut », ramenant les actions sous-évaluées à des niveaux plus normaux, plutôt que comme le début d’une nouvelle tendance haussière durable. À l’heure actuelle, les vents contraires sont tout simplement trop nombreux, avec une récession potentiellement grave qui se profile en Europe et les grandes puissances militaires (États-Unis, Chine et Russie) qui deviennent chaque jour plus belliqueuses. Le secrétaire général des Nations unies, M. Guterres, a récemment appelé ces pays à rester extrêmement prudents, afin d’éviter une issue désastreuse. Il est également, et à juste titre, très inquiet de l’impact des conflits géopolitiques actuels sur les promesses de réduction des émissions de carbone des États membres de l’ONU.

Alors, une fois de plus, gardez votre sang-froid !

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